Un nouveau contrat social

Un nouveau contrat social

A contrario de ce que disent et écrivent les professionnels du dénigrement et les obsédés de la dénonciation, spécialistes à droite comme à gauche de la manipulation des faits et champions de l’intox, le gouvernement,depuis un an (un an seulement !), met en œuvre une politique sociale qui,tout en se voulant juste et efficace, se donne pour ambition de bouleverser le modèle qui est le nôtre.

Président des riches, ami des privilégiés, otage des beaux quartiers, que n’entend-on pas contre le président Macron,  à coups d’hyperboles hystériques et de caricatures mensongères? La vérité mérite qu’on examine de près ce qui est réellement au programme, quitte à s’interroger sur certaines mesures et à critiquer légitimement tel ou tel aspect. Le chantier social, comme celui portant sur l’économie, le travail, la fiscalité, la bioéthique ou l’écologie,est suffisamment complexe et traversé d’intérêts contradictoires pour ne pas devoir être âprement discuté. Seulement – et c’est là que s’engouffrent les conservatismes haineux et les dénigreurs systématiques – la politique déployée par le gouvernement sur les questions sociales n’est pas à courte vue, elle n’élude pas difficultés et résistances, elle se refuse à entretenir le statutquo en se contentant, à coups de déficits, de satisfaire les corporatismes pour assurer la prochaine élection.

Non ! Cette politique a une ambition : elle vise à transformer radicalement notre système social, héritier pour le meilleur du Conseil national de la Résistance mais aujourd’hui dépassé par le mouvement du monde, ébranlé par des crises multiformes, au bord de l’implosion. Bâtir l’Etat-Providence du XXIème siècle, protecteur et libérateur, celui dont on a tous besoin, voilà l’horizon – « le cap »- de ce gouvernement ainsi que des hommes et des femmes de bonne volonté qui souhaitent participer à cette construction du bien commun.

C’est d’abord de ce projet de transformation sociale et de son contenu qu’il faut discuter, en toute bonne foi. Examiner les faits eux-mêmes, sans céder aux délires manichéens et aux procès d’intention.

La politique sociale mise en place, conformément aux engagements du président de la République, marche sur deux jambes : l’extension immédiate des solidarités et l’installation d’un système global émancipateur. Le court terme et le long terme « en même temps ». Il serait vain de chercher à caractériser  cette démarche de droite ou de gauche comme les esprits paresseux s’y emploient. En effet, il ne s’agit pas de cocher les cases du passé pour s’y recroqueviller mais de regarder en face les nécessités du présent et d’y répondre par une nouvelle cohérence, quitte à bousculer certitudes vieillissantes et prés carrés archaïques, quitte aussi à prendre des risques en créant des ressentiments.

1/ Des réformes déjà opérationnelles

Un premier train de mesures est en priorité destiné aux populations les plus fragiles, les accidentés de la vie et les laissés pourcompte de la mondialisation pour lesquels la solidarité est un viatique indispensable si l’on veut que notre société se tienne debout.  Bien que masquées par d’autres débats, sur la fiscalité en particulier (suppression de l’ISF, flat tax, augmentation de laCSG…) et souvent travesties en cadeaux aux riches ou acharnement contre les retraités, ces réformes sont votées, appliquées, formant déjà un ensemble impressionnant. En voici la liste non exhaustive :

–   Suppression progressive (en trois ans) de la taxe d’habitation, améliorant le pouvoir d’achat et abolissant l’injustice d’un impôt  privilégiant les habitants les plus riches des grandes villes au détriment de ceux des zones périphériques ou rurales aux revenus trop faibles pour se loger ailleurs.

Revalorisation des minimas sociaux : minimum vieillesse (100 euros d’ici 2020), complément de garde pour les parents isolés, prime d’activité, allocation adulte handicapé, crédit d’impôt ou remboursement  sur les services à la personne étendue aux retraités,  suppression de la mutuelle étudiante par rattachement au régime général de la Sécurité sociale, accès à l’assurance santé complémentaire (CMU-C, un euro par mois) pour les ménages qui n’y ont pas droit aujourd’hui…

– Augmentation de l’aide à l’hébergement d’urgence : 200 millions d’euros supplémentaires, investissement jamais atteint lors des précédents quinquennats.

– Dédoublement des classes de CP et CE1 et dispositif « Devoirs faits » : amélioration spectaculaire  des conditions d’éducation pour une meilleure réussite scolaire des enfants de familles défavorisées et faire reculer la discrimination dès l’école.

– Généralisation du chèque énergie et des primes au changement de véhicule ou à l’isolation des logements : 4 millions de ménages bénéficient d’un chèque énergie d’un montant moyen de 150 euros pour compenser la hausse des prix du pétrole et du gaz, prime de 2000 euros pour l’achat d’un véhicule neuf ou d’occasion plus propre et plus économe, prime à l’isolation des habitats.

– Reste à charge zéro : gratuité (dès 2019 et totale en 2020) des prothèses dentaires, auditives et des lunettes, en direction en particulier des plus âgés. Un changement considérable pour ceux et celles qui n’ont pas les moyens de se soigner.

2/ Une stratégie de long terme.

S’il est attentif à répondre aux besoins les plus urgents, dans le sens d’une solidarité plus efficace mais aussi en tenant compte des inévitables contraintes budgétaires, le gouvernement met parallèlement en place un changement radical de l’approche des questions sociales. Protéger, oui, mais aussi accompagner chacun et chacune dans son projet de vie en permettant une réelle égalité des chances. Il s’agit rien moins que d’un projet de civilisation : libérer l’individu des fatalités qui socialement l’empêchent de choisir sa vie, son métier, son avenir. « Libéralisme » diront les esprits chagrins qui se nourrissent de tabous sémantiques et de dépenses publiques. Oui, c’est effectivement la valeur irremplaçable de la liberté qu’on trouve au cœur de ce projet. Chacun doit pouvoir peser sur son destin ; de nouvelles règles doivent permettre à tous  de déployer leurs propres capacités et potentialités. C’est donner les moyens aux individus d’échapper aux trappes auxquelles les assignent leur statut ou leur rang social. Autrement dit, c’est refuser la fatalité des dépendances sociales et culturelles, que ce soit à cause du chômage, de la pauvreté, de la précarité, de l’éducation, des origines, du sexe ou du territoire.

 C’est au final un projet d’émancipation contre les déterminismes de toutes sortes en donnant à chacun les moyens de sortir d’une logique d’inégalité de destin auxquelles l’ordre social assigne la plupart d’entre nous. En quelque sorte, il ne s’agit plus seulement d’être un peu moins pauvre à coups de subventions-sparadraps mais d’avoir la capacité de sortir de la pauvreté, de ne pas offrir seulement du plus dans le cadre habituel mais du qualitatif pour sortir du cadre, de passer d’une logique de prestation monétaire qui entretient souvent les inégalités à celle de l’accompagnement social qui doit favoriser l’épanouissement individuel.

C’est à l’aune de ce renversement de perspective qu’il faut  juger les différents plans d’action programmés par le gouvernement et sa majorité parlementaire. Plan pauvreté pour pouvoir sortir du piège de celle-ci, plan santé pour assurer un meilleur accès à la prévention et aux soins, plan mobilité pour permettre une meilleure fluidité des activités, plan éducation dès la maternelle pour combattre les inégalités de départ, plan formation pour répondre aux métiers de demain, plan logement pour augmenter l’offre immobilière, plan retraites pour assurer l’équité et la pérennité du système, plan dépendance pour accompagner le vieillissement, plan numérique pour favoriser l’égalité des territoires… les chantiers de la transformation sont immenses. Ils prendront évidemment du temps et leur trajectoire ne peut s’apprécier en quelques mois. Mais la dynamique est lancée, le cap est fixé vers un nouveau contrat social. Il devra converger avec les transformations structurelles engagées sur le champ du travail et de la transition écologique.  A une condition cependant : que la société dans son ensemble accepte de regarder courageusement vers l’avenir et ne se crispe pas sur ses archaïsmes.

Jean-Paul Besset  (Ancien Député Européen)

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2 réponses à Un nouveau contrat social

  1. georges chometon dit :

    Article remarquable par son objectivité et la clarté de ses arguments !

    • Besset dit :

      Merci M.Chometon.
      Il est difficile de faire entendre des arguments raisonnables et rationnels dans ce climat d’hystérie, d’intox et de frustrations contradictoires.
      JpB

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